Zoom: Casablanca est-elle devenue stérile ?
Casablanca arrive beaucoup moins à enfanter de grands footballeurs, et ce n’est pas dû à un problème érectile chez les futurs papa mais plutôt parce que les jeunes écoliers de nos clubs de football ont un taux d’échec sportif de plus en plus important.
Et le peu de joueurs qui parviennent en équipe première montrent de moins en moins de sérieux, à quelques rares exceptions. Si l’on prend l’exemple du WAC, ce sont plus d’une dizaine de joueurs Séniors par an qui sont priés d’aller montrer les performances de leur gel coiffant ailleurs.
Le stéréotype du joueur Casablancais voué à l’échec est simple, il a été sélectionné en équipe nationale cadet, parle déjà de lui à la troisième personne, possède une coiffure ridicule, la tenue vestimentaire de Kurt Cobain, fume le narguilé et pense déjà au modèle de voiture qu’il achètera dès qu’il touchera sa première prime de signature, qui sera la plus grasse possible grâce à la campagne d’intimidation de son papa et les quelques petits ponts qu’il aura réussi lors du championnat juniors. Le futur has-been du football a aussi une tendance maladive à discuter avec ses copains des gradins en plein match, et à montrer son majeur à ceux qui lui font déjà remarquer qu’il n’ira pas loin.
On voit aussi, de plus en plus, le nom de ce raté dans la rubrique faits divers des journaux que dans les pages sportives, d’avantage dans les sites Internet consacrés au night clubisme plutôt que dans ceux qui parlent de foot. Le footballeur local ne représente plus qu’une minorité dans les deux clubs phares de Casablanca. Au WAC, par exemple, ils sont de plus en plus rares à prétendre à une place de titulaire. La saison dernière, par exemple, seul Adoua a été promu en équipe première et conforté à une place de titulaire.
D’autres joueurs, connus pour leur sérieux et par le fait de ne pas faire de vagues, comme Menkari, Saidi et beaucoup plus tôt Oumensour, peinent à s’imposer au sein du WAC, le dernier nommé est d’ailleurs annoncé comme partant cette saison. On observe plus ou moins le même phénomène chez les voisins d’en face mais aussi dans le grand club formateur qu’est le Rachad de Bernoussi. Tout cela favorise une politique de recrutement de plus en plus importante de la part des clubs, qui trouvent souvent des joueurs plus solides et moins dissipés dans le « Maroc d’en bas » .
Pourquoi donc ce net recul des casablancais dans le foot marocain ? Tout d’abord pour des raisons socio-économiques. Ainsi, et malgré le fait que certains joueurs ont des revenus supérieurs à ceux d’ingénieurs, devenir footballeur professionnel n’est jamais garanti puisque plusieurs facteurs peuvent gâcher la carrière d’une future star comme le comportement des parents qui considèrent leur maladroit rejeton comme le successeur de Naybet, celui, plus grave, de certains encadreurs corrompus mais aussi l’instabilité des staffs techniques. Enfin on regrettera l’emplacement des écoles de football, qui sont souvent lointaines ou, lorsqu’elles sont à proximité, sont gérées comme des étables. Autre facteur important, la disparition progressive des terrains vagues à Casablanca, puisque de nombreuses stars des lions de l’Atlas ont commencé à l’endroit où aujourd’hui un immeuble a été construit.
Quelles sont donc les solutions ? bien évidemment promouvoir la formation plus sérieusement, former des encadreurs de métiers et non de simples connaisseurs qui refilent un ballon au petit et partent discuter avec son tuteur. Les clubs ne doivent pas non plus oublier qu’un joueur arrivé en équipe Séniors, bon ou mauvais, aura coûté énormément d’argent…

